Série photographique
Bleu Prairie
Cette série rassemble des photographies réalisées ces deux dernières années, sur les territoires de la Martinique, de l’Île d’Yeu et du Vézelien.
Les cadrages jouent avec les échelles spatiales, déstabilisant l’interprétation de l’image, brouillant les notions de paysage. Des fragments de paysages présentés naissent de nouveaux mondes imaginaires, reconfigurés, repeuplés.
Les photographies sont imprimées en tirage Fine Art, sur papier coton 300 gr, finition texturé et mat. Les forts contrastes ou les épures de gris entretiennent un jeu avec les techniques du dessin au crayon ou à l’encre.
La série est en dialogue avec le court poème suivant :
« Bleu prairie
Ciel avalé
Corps en course »
2023, Emmanuelle Roberties,
Ile d’Yeu.
Ciel avalé
Corps en course »
2023, Emmanuelle Roberties,
Ile d’Yeu.
Brindilles

Je te vois

L’huitre-paysage

L’animal qui guette en moi

L’animal qui guette en toi

Déjeuner sur l’herbe

Caresses

Topographies I

La condition insulaire

Les poils

Sols déplacés
2022
Création littéraire
Saint-Martin Vésubie
Cette série photographique est le départ d’un travail d’écriture sur ces territoires de roches caillasses graviers sables débris chariés et déposés le long du lit de la Vésubie, et qui, lors de la tempête Alex en 2020, ont transgressé le territoire étroit de cette petite rivière de montagne.
La visite de Saint-Martin-Vésubie s’est produite l’été 2022, elle s’inscrit dans un projet de création littéraire que je poursuis cette année au sein du Master de Création Littéraire de l’Université Paris VIII.
J’ai participé le 25 mai 2022 à une journée d’étude organisée au sein de l’exposition Sols Incertains à l’Ecole Nationale d’Architecture de Paris La Villette*. L’exposition et la journée en question portaient sur les territoires vulnérables aux risques naturel : le travail produit par Yannick Gourvil et Zoé Faou se demande comment apprendre de la catastrophe provoquée par la tempète Alex en 2020. Les vallées de La Vésubie, de la Tinée et de la Roya dans le sud-est de la France et le Nord de l’Italie ont été ravagées par des crues sans commune mesure.
Ces territoires aux sols incertains** posent problème à nos pratiques d’architecte et d’urbaniste : ils questionnent les limites de chaque intervenant sur ces territoires et rebattent les cartes en terme de conception et de projection vers un futur incertain.
* commissariat et scénographie Yannick Gourvil
** expression qui reprend et prolonge le titre du magnifique ouvrage Voyages en sol incertain de Matthieu Duperrex

En réalité, il vit dans ce lit de catastrophe parce qu’il s’y reconnaît. Non pas exactement dans la catastrophe – même si on le lui a souvent répété : tu es une catastrophe. Dans les débris plutôt. Dans les sequelles. Dans l’amas.

Les caillasses, il n’y en a pas deux pareilles. Il n’y en a pas une qui s’emboitent avec l’autre, pas trois qui se combinent soigneusement. Elles sont mal assorties. Et elles sont là par défaut. Comprenez-bien – dit-il, lorsqu’il veut vraiment être pris au sérieux – ce n’est pas qu’elles sont flemmardes ou bêtes, non. Elles sont sages, elles s’économisent au laisser-aller.

Au fil des courbes formées par la crue puis la décrue, en arpentant la nouvelle topographie sculptée dans les débris et les caillasses, les courbes, les nivellements, les perturbations ont pris consistance, la pente et chaque replat à l’aval de Saint Martin jusqu’au barrage hydroélectrique se sont transmutés en corps ; un corps éventré, pulvérisé.

Il endure la résistance, la densité des sols successifs, l’adhérence des horizons géologiques sans dessus-dessous, suivant leur composition ou bien après évaluation de ce que ces horizons dissimulent. Il a ratissé chaque mètre carré comme une scène d’amour, à la recherche de ce qui prolongerait ses organes : barres, tôles rouillées, bâches, morceaux de plastiques, galets, bois arrachés. Il collectionne les outils sur lui en les assemblant sur ses membres et compose une sur-carrure pour amplifier sa taille humaine et tendre vers l’échelle gigantesque des traces.

Parfois, il arrête brutalement son endurance, se cabre, les épaules relevées et avec elles, ses oreilles fragiles : il n’est pas à l'affût d’un bruit mais d’un signe. Il avance l’arc formé par ses arcades sourcilières, son nez, sa bouche, renvoie ses oreilles en arrière, le regard panoramique. Il a saisi dans le mitage de la gravière, une forme distincte. Il tourne méthodiquement son visage, d’un côté puis de l’autre, plisse les paupières. Un rocher, sous une lumière de ¾ de jour, suivant un angle d’observation humain pas si haut, vaut la peine qu’on s’y arrête. Il se fige, observe. Et reste le corps ainsi tétanisé des heures durant, développant par intérêt esthétique une musculature prononcée.
Un sol commun
Construire en terre crue
2022 - 2021
architecture
30 logements à Seilh (31)
Équipe de maîtrise d’oeuvre :
Ubac, Vincent Agusti (Mandataire)
ATP paysagiste
Ecovitalis
I-structures
HNB
Maitrise d’ouvrage : Le Col
Images : Septembre Illustrations

Vue de la façade Sud
